Le journal · un séjour de maison de campagne

La lecture interrompue de Corot dans un séjour de campagne

Un mur de chaux, un canapé en velours, une femme qui lève les yeux de son livre. La lecture interrompue de Corot n'a pas besoin d'un salon savant pour trouver sa place, juste d'un mur tranquille et d'une hauteur juste.

Séjour de maison de campagne aux murs chaulés et poutre apparente, avec le tirage encadré de la lecture interrompue de Corot accroché au mur derrière le canapé
Interrupted Reading, Jean Baptiste Camille Corot · tirage encadré Maison Soleil

Une pièce qui appelle un visage

Un séjour de campagne aux murs chaulés, à la poutre apparente et à l'embrasure de pierre épaisse a déjà tout le caractère qu'il faut: la matière est là, la lumière de l'après-midi fait le reste. Ce qui manque souvent, dans une pièce aussi minérale, c'est une présence humaine, quelque chose qui regarde en retour.

Un paysage y ajouterait une deuxième fenêtre. Un portrait, lui, tient la pièce autrement: il donne un point où l'oeil s'arrête, une figure qui reste immobile pendant que la lumière, elle, bouge sur le plancher tout au long du jour.

L'oeuvre: un instant, pas une pose

La lecture interrompue est peinte par Jean-Baptiste-Camille Corot vers 1870. Une femme est accoudée, la tête posée sur sa main, son livre encore ouvert sous l'autre bras: elle vient de lever les yeux, elle n'a pas fini sa phrase. Corot peint une pause, pas un portrait d'apparat.

Le tableau appartient à la Potter Palmer Collection de l'Art Institute of Chicago, et le tirage part du scan du musée: mêmes couleurs sourdes, même matière de la peinture jusque dans les zones d'ombre autour de la robe.

Où l'accrocher, et à quelle hauteur

Pas au centre exact du canapé: la fenêtre en pierre attire déjà l'oeil d'un côté de la pièce, et le mur se lit mieux si le tableau prend l'autre moitié, sur la partie la plus continue de la chaux, derrière l'accoudoir droit du canapé plutôt qu'au-dessus du milieu.

La règle ne change pas d'une pièce à l'autre: centre de l'image à 1,60 m du sol, hauteur du regard debout. Ici, cela place la lectrice juste au-dessus du dossier du canapé, assez haut pour rester lisible depuis le fauteuil en osier de l'autre côté de la pièce.

Le format et le cadre

Le plus grand format, 75 x 100 cm, est le bon choix pour ce mur: la poutre au plafond donne de la hauteur à toute la pièce, et un format plus petit se serait perdu à côté d'un canapé aussi large. La figure approche alors une présence réelle, pas une vignette.

Une moulure en bois fine, sans marie-louise ni marge blanche: l'image touche le bois, comme le tableau original touche son propre cadre. Sur feuille métallique 350 g, les tons chair prennent un léger éclat pendant que les bruns et les rouges sombres de la veste gardent toute leur profondeur.

Vivre avec elle

Le matin, la lumière rase entre par la fenêtre en pierre et ne touche pas encore le tableau. L'après-midi, elle traverse la pièce et vient effleurer le bas de la moulure: c'est le moment où la scène se lit le mieux, quand la lumière de la peinture et celle de la pièce se rapprochent.

Une lectrice interrompue n'est ni sévère ni bavarde. Elle occupe le mur sans le dominer, et elle laisse la pièce continuer de vivre autour d'elle, ce qui est exactement ce qu'on attend d'un tableau dans une pièce qu'on habite.