Un tableau ancien dans un intérieur moderne ?
C'est la question qu'on nous pose le plus souvent, avec toujours la même inquiétude: est-ce que ça ne va pas jurer ? Réponse avec un Rembrandt de 1631 sur un mur de brique blanchie.
Le faux problème du mélange
L'inquiétude est toujours la même: un portrait du 17e siècle dans un séjour d'aujourd'hui, cela va faire musée, ou déguisement. C'est exactement l'inverse qui se produit. Ce qui fait daté, c'est l'accord parfait: le tableau ancien dans le salon ancien, avec le lustre et le guéridon assortis. L'ensemble devient un décor.
Dans une pièce brute, brique blanchie, pin usé, jute, le même tableau redevient un objet singulier. Il n'illustre plus une époque, il la traverse. Les galeries l'ont compris depuis longtemps: les murs les plus simples portent les oeuvres les plus chargées.
Pourquoi un portrait sombre, précisément
Sur un mur clair et mat, une image sombre fait ce qu'aucune image claire ne sait faire: elle creuse. Le fond presque noir d'un portrait de Rembrandt ouvre une profondeur dans la paroi, comme une fenêtre sur une autre lumière.
Et le visage, éclairé de côté, fait le reste. On le voit depuis le canapé, depuis la table, depuis l'entrée: il tient la pièce sans jamais hausser le ton. Les intérieurs les plus calmes supportent très bien un regard.
La taille et la hauteur justes
Un portrait ancien n'a pas besoin d'être monumental, il a besoin d'être seul. Sur un mur de trois ou quatre mètres, un 50 × 70 centré à hauteur des yeux, environ 1,60 m au centre de l'image, suffit largement. Rien d'autre sur ce mur: pas d'étagère, pas de composition de petits cadres autour.
Si le mur est très large, on ne monte pas en nombre, on monte en format. Deux tableaux anciens côte à côte se neutralisent; un seul, un peu plus grand, gagne.
Le cadre qui ne triche pas
La tentation est le cadre doré à caissons, celui des musées. Sur de la brique, il transforme l'ensemble en pastiche. Une moulure fine, noire ou en noyer sombre, sous verre acrylique, laisse le tableau faire son travail et appartient, elle, à la pièce d'aujourd'hui.
C'est le principe de toute la maison: la feuille métallique donne la profondeur, le cadre reste discret, et le contraste entre les siècles fait le style.
L'oeuvre: un vieil homme et une chaîne d'or
Le Vieil homme à la chaîne d'or est peint vers 1631, par un Rembrandt d'environ vingt-cinq ans. Ce n'est pas un portrait de commande: c'est une étude de caractère, un visage travaillé pour lui-même, avec le gorgerin d'acier et la chaîne d'or sortis du coffre d'accessoires de l'atelier.
Le tirage part du scan de l'Art Institute of Chicago, à la résolution du musée. Sur feuille métallique, la chaîne et le gorgerin font exactement ce qu'ils faisaient déjà sur la toile: ils accrochent la lumière.