Le journal · un séjour blanc d'atelier

Quel tableau dans une entrée

On y passe dix secondes par jour et on ne s'y assoit jamais. C'est précisément pour ça qu'une entrée supporte l'image que le salon refuserait.

Entrée claire au sol de chêne et console en bois, avec au mur le tirage encadré noir de l'Intérieur d'une église d'Emanuel de Witte
Interior of a Church, Emanuel de Witte · tirage encadré Maison Soleil

La pièce où l'on ne s'attarde pas

Une entrée n'est pas un lieu de séjour, c'est un passage. Personne n'y contemple une oeuvre pendant vingt minutes. Cela change complètement le cahier des charges: l'image doit fonctionner en une seconde et demie, de trois quarts, souvent en marchant.

L'avantage est réel. Une image exigeante, sombre, un peu austère, celle qui pèserait dans un salon où l'on passe ses soirées, est parfaitement à sa place ici. On la croise, on la reçoit, on continue.

La profondeur contre l'étroitesse

Le défaut de la plupart des entrées est la largeur: un couloir d'un mètre vingt, un mur en face de la porte, rien d'autre. Une image plate y aggrave la sensation de tunnel.

Ce qui aide, c'est une oeuvre qui contient de la profondeur: une perspective, une enfilade, un couloir peint. Le regard entre dans l'image et le mur recule. C'est le seul endroit de la maison où ce choix est franchement utile plutôt que décoratif.

Au-dessus d'une console

Avec une console, on applique la règle des meubles: 20 à 30 cm entre le plateau et le bas du cadre, et une largeur d'image comprise entre la moitié et les deux tiers de la console.

Sans meuble, on revient au regard: centre de l'oeuvre à 155 cm du sol. Dans un couloir étroit, on descend même à 150 cm, parce qu'on y est plus près du mur et que l'on regarde légèrement vers le bas en marchant.

Le cadre foncé, pour une fois

Dans une entrée claire, une moulure noire ou très foncée agit comme une ponctuation. Elle arrête l'oeil au bon endroit dans un espace qui n'a, par définition, aucun autre point d'ancrage.

Le blanc, lui, se fond dans le mur et fait disparaître l'accrochage. C'est un choix légitime ailleurs, rarement ici: dans un passage, une image qui ne s'annonce pas ne sera jamais vue.

Pourquoi ce de Witte tient ici

L'Intérieur d'une église d'Emanuel de Witte est une machine à profondeur: des piliers en enfilade, une lumière qui vient du fond, une architecture qui creuse le mur sur lequel elle est posée. Exactement ce qu'un couloir demande.

Les noirs restent mats et profonds sur la feuille métallique pendant que la lumière du fond garde son éclat. Cadre noir, encadré à la main en Europe, livré prêt à accrocher.