Quel tableau dans un appartement haussmannien
Moulures, cheminée en marbre, parquet en point de Hongrie: le décor est déjà écrit. La question n'est pas quoi ajouter, mais où poser la seule chose qui manque.
Le mur est déjà meublé
Un appartement haussmannien arrive avec son ornement: une corniche, souvent un soubassement, parfois un trumeau. Le mur n'est pas une surface libre, c'est une composition qui existait avant vous et qui a ses propres lignes horizontales.
L'erreur classique consiste à traiter ce mur comme un mur blanc de construction neuve et à centrer l'image sur toute sa hauteur. Le tableau se retrouve alors coincé entre deux moulures, à égale distance des deux, et l'oeil lit un objet posé dans une case plutôt qu'une oeuvre accrochée.
La bonne hauteur n'est pas le milieu du mur
La règle qui marche dans ces volumes: le centre de l'oeuvre à 155 cm du sol, pas au milieu du mur. Sous 3,20 m de plafond, ces deux points sont très éloignés, et c'est 155 cm qui est juste, parce que c'est la hauteur du regard.
Au-dessus d'une cheminée, on remonte légèrement: 25 à 30 cm au-dessus de la tablette, pas plus. Au-delà, le tableau flotte et la cheminée perd son rôle de socle. En dessous, les deux objets se disputent la même zone.
Une seule pièce, assez grande
Ces murs supportent mal la multiplication. Trois petits formats alignés entre des moulures produisent une frise, et une frise entre en concurrence directe avec la corniche qui la surplombe. Une seule pièce, en revanche, dialogue avec l'ornement au lieu de le doubler.
Le format compte: en dessous du 40 × 50, une oeuvre isolée sur un pan haussmannien paraît timide. Le 50 × 70 est le bon départ, le 75 × 100 tient sans effort au-dessus d'un canapé ou d'une cheminée.
Le cadre doré, sans ironie
Le doré a mauvaise presse parce qu'on l'associe au pastiche. Dans un haussmannien clair, il fait pourtant exactement ce qu'on lui demande: il reprend la chaleur du parquet et répond aux blancs cassés des moulures, sans imiter quoi que ce soit.
L'alternative sûre reste le chêne naturel, qui reprend le parquet plus littéralement. Le noir fonctionne aussi, à condition qu'un autre noir existe déjà dans la pièce: une suspension, une poignée de fenêtre, un cadre de miroir.
Pourquoi ce Manet tient ici
Berthe Morisot au manchon a été peint en 1877, à quelques rues de ces immeubles. Le fond est sombre et sans détail, la figure est claire et compacte: une image qui se lit de loin, ce que demande un salon traversant.
Le tirage est fait sur feuille métallique, si bien que les gris du fond gardent de la profondeur pendant que les clairs de la robe attrapent la lumière de la fenêtre. Encadré à la main en Europe, livré prêt à accrocher.