Quel tableau au-dessus du canapé, dans un salon clair
Un mur large, une assise basse, beaucoup de lumière. Le mur du canapé se rate plus souvent qu'il ne se réussit, et l'erreur est presque toujours la même.
Le mur le plus difficile de la maison
Le mur du canapé est large, il est regardé de bas, et il est presque toujours vide. C'est pour cela qu'on y accroche trop petit. Une pièce choisie debout, à bout de bras, paraît deux fois plus modeste une fois posée au-dessus d'une assise de deux mètres vingt.
La correction est arithmétique avant d'être décorative. Trois mesures suffisent, et elles se retiennent.
La règle des deux tiers
Ce qu'on accroche doit faire environ les deux tiers de la largeur du canapé. Un trois places de 220 cm appelle donc une image d'à peu près 145 cm de large, seule ou en composition. Un deux places de 160 cm en appelle une de 105 cm.
Le centre de l'image se place ensuite à 145 ou 150 cm du sol, c'est-à-dire à hauteur d'œil d'une personne debout, et non au milieu du mur disponible. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus visible: une image accrochée au milieu du mur est toujours trop haute.
Enfin on garde 20 à 25 cm entre le haut du dossier et le bas du cadre. En dessous, le tableau et le canapé se soudent en un seul bloc. Au-dessus, l'image flotte et le mur reprend le dessus.
Pourquoi une pièce claire supporte une image dense
Un salon aux murs blanc cassé n'a pas besoin d'être calmé, il a besoin d'un point d'arrêt. Le regard traverse la pièce, atteint la fenêtre, et repart. Une image dense au-dessus du canapé lui donne enfin un endroit où se poser.
Two Sisters (On the Terrace), peint par Renoir en 1881 sur la terrasse de la maison Fournaise à Chatou, fait précisément cela avec un seul accent: le chapeau rouge. Tout le reste, le bleu profond de la robe, les verts du feuillage, la rivière derrière, tient dans une gamme sourde qui ne se bat pas avec les murs. C'est une image qui remplit sans élever la voix.
L'Art Institute of Chicago, qui la conserve, identifie l'aînée comme la jeune actrice Jeanne Darlaud.
Le format qui tient ce mur
Au-dessus d'un trois places, le 75 × 100 cm est le seul de nos quatre formats qui tienne le mur seul. Ce n'est pas un hasard de catalogue: la toile de 1881 mesure 100,5 sur 81 centimètres, et le tirage la restitue donc à quelques centimètres près de son échelle d'origine. Ce que vous accrochez a la taille de ce que Renoir a peint.
Sur un deux places, ou dans une entrée, le 50 × 70 cm est le bon calibre. En dessous, il ne faut plus raisonner en une pièce mais en deux ou trois alignées, ce qui est un autre exercice et demande un mur plus généreux.
Le cadre, sur un mur clair
Sur un blanc cassé, le chêne naturel disparaît et laisse la feuille métallique faire le travail. Le noir, lui, découpe l'image et la durcit: il convient à un mur profond et rarement à un mur clair. Le doré redouble l'or de la feuille et finit par devenir un objet de plus dans la pièce, au lieu d'un simple bord.
Les huit teintes sont photographiées côte à côte sur la page des matières, à la même lumière, ce qui est le seul moyen honnête de les comparer.